Carnet2bord

Un 2ème carnet de bord, c’est un carnet2bord.
Ecrire pour éviter de dé-bord-er, pour dé-brod-er, pour décrire, essayer de ne pas ré-écrire, mais pour tenir bon, aux bons bords.
Randonnée du Vercors

Un bon bourbon qui bourdonne, et puis c’est comme un gros crachat dans notre gueule.
Le Victor qui écrit ce nouveau carnet2bord n’est peut-être pas tout à fait celui du premier. Ecrire inscrit. Je vous invite à venir voir le bord, sa-bord-er ensemble le navire de notre confusion. C’est une invit à participer, commenter, réagir!

Jour 3 : La solitude, c’est la dépossession

Je sais que cette solitude, c’est la dépossession.

Nous sommes dépossédés, de nos moyens d’agir, de manifester la vie, ça rien de nouveau. Nous sommes maintenant dépossédés de nos moyens de penser. Mes choix qui me semblent absurdes n’en sont peut-être que les dernières manifestations. Passer 4 h dans un train et un bus pour aller chercher un accordéon, 3 bouquins et 2 t-shirts, alors que ma place est certainement plus à Crest qu’à Grenoble, mais qu’est-ce que j’ai foutu, c’est trop débile ! Enfin j’aurais pu aller en montagne, ou profiter de la dernière liberté pour boire des cafés avec des potes, et j’ai passé 6h de ma journée à chercher 3 bricoles. Affolé le gamin. Ça n’a aucun sens, Marie ne manque pas de me le signaler. Mon appel à Jean-Phi est con depuis que je me suis rendu compte que j’allais devoir télétravailler. Ma place est bien plus à l’Auberge, mais cet absurde, il contredit aussi mon envie toujours : Être plus malin que les autres. Ben là, tu t’es planté mon ami. À moins que non, qu’il fallait suivre cette intuition, comme au premier confinement. Mais là, me retrouver en ville, quelle idée.

Je prépare le déménagement de Marion, nettoyage. Je suis un peu perdu sur ce que je dois faire. Ou veux faire même. Faut dire que c’est bien moins clair pour moi qu’au premier confinement. Au premier j’étais totalement libre, et je voulais qu’une chose, rester là où je sentais que j’étais bien, à Saillans à ce moment-là. Aujourd’hui c’est bien plus dur. Télétravail à Terre de Liens, pas envie de rester enfermé dans mon appart de Crest, envie d’être sur une ferme mais sans avoir le temps d’y bosser à cause du télétravail, le sentiment qu’il faudrait être ici maintenant et ailleurs demain.

Ça remet pas en question mon choix de me former pour tenir une ferme et devenir producteur, participer à la résilience d’un territoire. Mais ça donne simplement toujours pour moi cette envie de tout envoyer valser, d’aller se cacher quelque part loin de ce bordel, comme si c’était possible. En tout cas de pas me retrouver en ville où je me sens mais alors tout sauf à ma place.
Mais ce stage, il faut le faire, c’est important pour la suite, et tomber dans l’urgence quotidienne serait tentante, mais simplement, j’en ai déjà constaté la stérilité. Rien ne pousse sans saison. Enfin là, c’est la saison de se former, cette année, et envoyer chier tout ça, ça serait vraiment nul. Alors je vais aller au lycée, au stage, mais ça me donne envie encore une fois de me promettre de ne pas oublier ces pensées et idées du printemps. Être en capacité de produire. De ne pas se laisser détruire. C’est dur d’accepter. Est-ce qu’il faut vraiment tout accepter en même temps? J’ai envie de taguer partout, d’envoyer du mojito flimbant neuf sur du bleu clinquant keuf. Ne pas me laisser faire malgré tout. Comment ? Aller dans la rue, juste?
C’est décidé, je vais continuer à publier le carnet de confinement 2. Il va s’arrêter au moins, celui-ci?

Lire les jours précédents

Jour 2 : Plan A, B BABA confusion

Un énorme bordel dans la tête. Jean Philippe m’appelle direct après mon message. Il est moyen chaud, mais si c’est moi ça passe, en gros. Mais je me rends pas compte qu’en fait va falloir que je bosse. À TDL, et au lycée, qui ne sont pas fermés en fait. Enfin pas encore. Je me rends compte de ça dans le train. J’aurais juste pas le temps de bosser sur la ferme si je télétravaille en fait. Pour peu qu’on télétravaille. Je suis quand même à Crest pour choper mes affaires, dans ma tête : 2 semaines de télétravail à la coloc pour TDL, puis les lycées fermeront et j’irai chez JeanPhi. Sinon retour à Crest, lycée puis ferme de l’auberge. Je me sens pas de rester toute la journée dans cette toute petite maison, qui plus est à 3, en hiver.

Au pire, ça sera que ce weekend, puis retour à Crest. Je sais pas pourquoi, c’est comme si maintenant ça me paraissait absurde, mais que ça allait faire sens bientôt, comme une intuition à suivre, sans savoir pourquoi. Peut-être parce que j’ai fini les furtifs. Et bizarrement, je compte aussi mes amies de part et d’autres, comme pour moi un rempart à la solitude de les savoirs pas loin, visitable en scred, en secret, d’y rendre du palpitant et de la liberté possible dans un avenir de fer et fermé.Écrire, plus que jamais, écrire pour garder quelque chose, je me sens très ébranlé, certains de mes proches le sont aussi, heureusement. Marion, Marie Élise… Pas beaucoup plus j’ai l’impression, sente cette immense boule ressurgir, comme un grand boum tchac dans le bide qui nous abasourdi, surtout de voir l’incrédulité d’une masse qui semble se satisfaire de ces mesures, sans questions. Ielles en redemandent presque. C’est abject. C’est ça la solitude. C’est de pas se sentir solidaire dans ce qui pourrait être une lutte commune dans ce qui nous unit, c’est de se sentir étranger à une masse informe pas gênée de se voir privé de ses libertés autres que celle de bosser et de consommer.

Jour 1 : Welcome Back

C’est l’annonce d’un deuxième « confinement » pour 4 semaines. On sait tous comme par habitude que ça sera sûrement plus.On parle toujours de confinement, mais on aura toujours le droit de bosser, et plus qu’au premier.

Je suis avec Max, So, et Marion. Je suis cas contact mais sans symptômes, Max l’a eu y’a 10 jours et So à vécu avec lui, on se sent comme un cercle où il est possible de se voir sans se mettre nous ou les autres en danger. Ça commence à devenir sérieux on dirait.

Je sais pas où aller. J’ai pas du tout envie de retourner à Crest, dans mon mini appart en plein dans la vieille ville. François mon coloc me demande si ça copine peut venir « une semaine ». Il sait très bien que ça veut dire au moins 4. J’ai pas du tout envie de vivre à 3 dans ce bidule.Plan A : aller chez Jean Phi, à la ferme, y bosser et y vivre. S’il veut bien, je suis sûr qu’il sera ultra sollicité. A tenter. Si c’est le cas, il faudrait que j’aille prendre des affaires à Crest, comme mon accordéon, quelques fringues, même si c’est pas vital.Plan B : Squatter la nouvelle coloc de Marion, qui est aussi la coloc de mon pote Max, qu’on a connu chez Jean-Phi. Il me met assez à l’aise sur l’idée « Ça sera bizarre pour tout le monde »Plan C : Demander de crécher à la ferme de l’auberge, customiser une caravane pour y passer l’hiver. Ça me semble ambitieux, je sais pas pourquoi. C’est pourtant peut être la meilleure solution. Peur de gêner je crois. Faudrait que je bipe Fanny pour voir.

Il s’agit de dormir la dessus. Ça me viendra peut être dans la nuit.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

fr_FRFR