Où en est Terre-Mer-Air ? Retour de Victor

J’avais besoin de partager, avec ceux qui passent sur le site, et ceux qui souhaitent des nouvelles, ce que devient le projet Terre-Mer-Air, ce vers quoi je me dirige après cette drôle de période, et faire un (petit) retour de l’expérience ! Pour un retour plus long, ne pas hésiter à m’inviter boire un canon héhé 😉 🍺

Le confinement, de sa brutalité et du pied à terre forcé, aura fortement bouleversé l’élan du voyage. Lorsque notre Fresque du Climat a été annulée, tout s’est passé très vite. Maxime est rentré chez lui. On s’est retrouvé avec Josselin, pendant près de 3 mois, dans un quotidien sédentaire.

Ce confinement aura aussi été d’intenses moments, partagés avec Josselin. Aujourd’hui, nos envies se sont formées en différents endroits, et nous prenons des chemins différents, en se gardant bien de savoir quels sentiers nous rejoindra ou pas !
Nous avons choisi tous les trois d’écrire chacun de notre côté cette forme de retour, sur le confinement, sur le projet, sur la suite pour nous. A notre rythme.

Pousser des raisonnements à leur paroxysme a été un exercice que j’ai eu la chance de faire avec Jo, dans une bienveillance et une écoute qui a été très propice à aller chercher au fond de moi les peurs dans lesquelles je nage. Cela nous a permis un développement disons radical, en ce qu’il a pris à la racine, des idées que nous avions rencontrées durant le voyage. Notamment sur la propriété privée, l’esclavage moderne, notre dépendance au système, celui du système à la colonisation et aux exactions qui permettent notre mode de vie.

Humainement, je ne peux pas dire qu’il n’y ait eu que des périodes faciles. La cohabitation quotidienne et confinée ne permet pas, même entourés de forêt et de montagne, de se cacher bien longtemps de nos comportements que l’on garde d’habitude pour nous. Alors y faire face, tenter de comprendre, pour se rendre vivable avec l’autre, mais aussi avec soi, a été la seule option pour moi.
Vouloir être le meilleur, alimenter mon besoin de reconnaissance, trouver la source de l’imaginaire qui nourrit mon ego, regarder en face le jugement que l’on porte (qui finalement nous ronge un peu, je crois), découvrir la peur de l’échec…
Des périodes, pour chacun houleuses, ont mis notre amitié à dure épreuve par moment, et après cette proximité longue et intense, j’ai besoin de retrouver un peu de distance.

Sans trop ouvrir ici mes blessures intimes, je trouve que partager une partie de cette expérience est favorable à ce que l’on retrouve dans l’humilité, la tolérance et la vulnérabilité une force collective. Douter ensemble, accepter que l’on fasse des erreurs, de ne pas être sain ou parfait, voilà qui me semble dur à écrire aujourd’hui. Mais je le fais en espérant et en croyant qu’un terreau favorable au doute permet l’audace. Qu’avons-nous à perdre à essayer ?

Terre-Mer-Air pour moi

J’ai envie de parler de Terre-Mer-Air au passé, mais ce n’est qu’une phase qui s’est terminée. Je ne sais pas comment appeler cette phase de 6 mois, du départ jusqu’au confinement, puis du confinement jusqu’à Juillet, au départ de la cabane Saillansonne.
Bien sur, c’est riche, entremêlé, et sur plein de plans. Me vient en premier, une transition, une initiation, un catalyseur, un miroir, un filtre, un rêve, une action, un conatus, un cri, une expérience, des multitudes de routes et de rencontres, des rires, des pleurs, des pensées, de Fourme d’Ambert, des regards…

L’aventure Terre-Mer-Air, ça a été pour moi un catalyseur de mes envies, franchement, voir ce et ceux et celles que nous avons rencontrés m’a donné carrément la pêche. Cela m’a aussi donné ce petit truc du « C’est possible ». Cela a forgé d’autant plus fort le fait de ne pas/plus attendre de l’extérieur. Personne ne viendra nous sauver. Ce qu’est devenu l’institution d’État se retourne doucement contre les valeurs qui ont fait sa force. Cette question qui est souvent revenue : « Qu’est-ce qu’on attend ?

L’expérience collective de faire des choix ensemble, à trois, Josselin, Maxime et moi, selon nos envies, partager nos ressentis, écrire ensemble, construire une conférence, douter et questionner ensemble, rouler sous la pluie et le vent, boire des bières, se raconter ce qui va, et ce qui va pas, ça, ça a aussi été très fort. Aller voir Jo à l’hosto suite à sa chute a aussi fait partie de cet épisode, et ça remet également un peu les idées en place.

Cette expérience a aussi été de me confronter aux peurs que j’avais : Prévoir, anticiper, gérer, maîtriser. Avec des comportements qui ne sont parfois pas ceux qu’on voudrait avoir, au début j’avais vraiment du mal à laisser de la place à l’imprévu. En fait, je me suis rendu compte que j’héritais pas mal de la façon de faire de ma maman (I love you mama 🧡), et que m’en détacher pour accepter un peu plus l’imprévu, le laisser-aller, a été un travail que Jo m’a bien aidé à faire. Et puis rencontrer aussi cette forme de pression à « ne pas se louper, t’imagine la honte ». Mais en fait, cette pression, c’est bien moi qui me la met. Fallait voir Max dans sa détente pour y trouver un petit refuge de sérénité. Pis rester humble, ça évite de tomber de trop haut quand on veut changer le monde. -Avoir confiance- Et puis comme disait Quentin : « Mais au fond Vic, tu sais très bien que ça va marcher ». Ouais c’est sûr, mais est-ce que c’est pas parce que j’étais exigeant avec moi, ça, j’en sais rien.

Et puis me rendre compte que je portais un peu, je crois, le regard de pas mal de mes copains et copines, que j’étais un peu suivi. Plus que suivi, aussi je crois porter en partie une petite forme d’espoir, un truc qui me file à moitié une peur de décevoir, que difficilement mais grâce au voyage j’essaye d’assumer sainement. Accepter cela sans prendre le grand shot de supériorité qui m’attends avec. Alors bien sûr que j’alimente ça, ce petit espoir, cette exposition, par le site, les quelques posts Facebook… J’en ai à la fois autant besoin que j’en ai peur je crois. J’en ai besoin pour rajouter du sens, tenter de déployer, inspirer des changements, sentir ce truc qui relève presque de donner « un des exemples possibles », aussi parce que j’ai les moyens de le faire. Et j’en ai peur, en ce que ça pourrait changer de l’authentique de mes actes, de mes pensées, en ce piège dans lequel je pourrais chercher à cacher mes défauts, jouer le « héros », faire pour la reconnaissance. -Rester dans l’équilibre-

J’ai aussi un peu la sensation d’avoir souvent tiré la locomotive, pour le démarrage du projet, pour le site, pour écrire des articles. J’aurais du mal à me détacher de cette sensation. Il ne s’agit pas d’en tirer encore une fois une reconnaissance. Juste constater mon rôle dans un groupe, et je différencie avec difficulté, si c’est celui dont j’ai besoin, ou si c’est une forme « d’exigence qui m’empêche de déléguer certaines tâches qui sont importantes pour moi. Parce qu’en même temps, quand je laissais faire, ça roule aussi !


Et je crois que Terre-Mer-Air pour moi, ça a été, bien sûr pas que, mais ça a aussi été un moyen d’affirmer l’exigence que je me donne pour la Vie envers moi-même, pour ce petit précieux moment de temps sur Terre. Un peu le truc « La vie doit être grandiose » à la Brel ou Brassens. Mais aussi comprendre que de cette exigence peut naître une forme venimeuse de misanthropie, tout comme un violent mouvement d’amour pour le monde qui nous entoure. -Dans l’équilibre.- « La vie doit peut-être être grandiose, mais à 4° sous la pluie avec du vent de face, ou face à une asso qui squatte un local pour fournir 200 repas par jour à des chercheurs de refuges, tu l’écrases haha ».

La coupe du bois aussi raffinée que celle de cheveux…

Terre-Mer-Air, c’est aussi un petit réseau, relié par notre passage, par des graines qu’on a laissées poussé chez nous, alors probablement y’en a t’il aussi chez certains de nos hôtes et rencontres. Ce petit réseau, c’est ce qui me fait « habiter le monde« , savoir que sur la route Grenoble-Bretagne, un paquet de petit point de passage sont là, que la carte s’habite de visage connus, et d’une histoire ! C’est joli.

La suite pour moi

Ça a été le moment pour moi de me re-poser cette question fondamentale : “Où et dans quoi mettre mon énergie ?”


Continuer le voyage là où il s’était arrêté et dans le même élan ne me semblait plus pertinent.
Il m’est apparu d’autant plus franchement la nécessité de recréer une production “alternative” pour des raisons de “bon sens”, politiques, matérielles, et parce qu’elle répond au fond à un désir de “bien-vivre”. J’ai besoin je crois de m’ancrer dans le temps et l’espace, pour faire aux crises et changements à venir, que je sentirai m’envahir complètement si je repartais voyager sur un long-terme. C’est comme si je sentais que c’était le bon moment pour moi.

De bon sens parce que le système de production capitaliste mondialisé (reprenez votre souffle) possède son lot d’absurdité, et qu’une forme de bon sens tend à remettre dans nos territoires et sous notre souveraineté les moyens de production de notre subsistance. (Dépendre de la finance pour manger ?)
Politique, parce que relocaliser et se réapproprier le pouvoir de produire, c’est redéfinir aussi une vision de société, tenter de réintroduire le bien-vivre. À mon sens, manifester ne sert plus à grand chose sans contre-pouvoir. Le contre-pouvoir, encore à mon sens, c’est subvenir à nos besoins, c’est contre-produire, avec nos règles. C’est se doter de moyens matériels de subsistance. Cela demande de coopérer, et seul, on est d’accord, c’est vouer à l’échec, et pis c’est pas très enviable non plus. Je crois m’être pris d’un rêve où des femmes et des hommes se fédèrent, pour rassembler leurs moyens matériels, afin de s’émanciper du système actuel. (Peut être même pour des raisons différentes ! Petite trouvaille du confinement : une vision pluriverselle, même pas besoin de partager une vision universelle pour faire !).

Questionner ensuite ensemble : Que manque t’il localement, qu’achetons-nous de suffisamment loin pour n’établir qu’une relation de dépendance, et pas d’inter-dépendance. Sur le(s) quel(s) de nos besoins pouvons-nous redevenir souverain ?

Car il ne s’agit pas de se fermer sur soi, mais de rapprocher les relations d’inter-dépendance à un niveau où l’on a prise, où l’on peut agir, décider, choisir. De réunir, mettre en place, matériellement ces moyens. Et de faire tout ça en conscience de notre inter-dépendance à notre environnement, en visant une société du bien-vivre ou du mieux-vivre plutôt que du « plus-vivre« . En gros, pouvoir bien vivre avec nos propres moyens, conscients des défis à venir (Non, je vais pas dire effondrement héhé). Sacré chantier hein? (- C’est quoi le « nos », ça veut dire quoi « propres », sur quelle·s échelle·s, est ce que « bien vivre » ça veut dire qu’il y aura de la bière ? – Ah ouais, toi aussi tu as toutes ces questions? Wow ben c’est génial moi aussi, vient j’te paye un verre!)

En somme, je me suis mis à rêver d’une immense coopérative cherchant à vivre par ses moyens, constitué d’individus volontaires d’une émancipation, tentant de se rendre résilients aux crises, au système actuel, aux politiques d’austérité ou que sais-je, pour bien-vivre, et proposer une vision de la Vie où notre passage sur Terre ne rend pas incompatible celle d’autres humains, ailleurs dans le monde ou dans le futur.


Le confinement aura aussi apporté des mots sur une autre idée. La politique sans spirituel est effrayante, le spirituel sans politique est effrayant aussi. (Merci Sami) (Re)Nouer un lien au vivant, ou se (ré)-inclure dans le vivant, questionner notre place de passage dans la Vie, semble indispensable pour envisager faire société non ? Et définir des règles de vie commune par principe, n’est-ce pas autant dogmatique qu’une religion ?

Tout le voyage a formé petit à petit ces visions, et puis le confinement est venu cristalliser pour moi cette envie de faire partie, de participer à cette société. Sûrement est-elle utopique. Pour moi, continuer de croire que le système actuel trouvera des solutions pour tout et à notre place ne l’est pas moins, et la vision d’une société plus juste, émancipée, me donne bien plus d’énergie pour agir.
La cristallisation à forcément été accélérée par le contexte du confinement : Chez un maraîcher, dans une cabane sommaire et sobre où l’essentiel est là, et dans le bain de Saillans où ce réseau de producteur existe déjà plus ou moins. Lorsque tout s’arrête, celui qui produit de la nourriture, de quelle richesse est-il le semeur ? Mais de quoi à besoin ce maraîcher si justement « tout s’arrêtait », qu’il ne saurait trouver localement ?

Concrètement, pour moi la suite s’oriente pour la rentrée prochaine vers un stage chez Terre De Liens (candidature en cours!), sur le sujet de la pérennisation des installations agricoles, avec une question de la transmissibilité des exploitations. C’est un gros sujet d’actualité qui touche à l’accès aux terres, aux conditions sociales, aux montages économiques, à l’animation de bénévoles… Cela me plaît. J’en profiterai pour passer un Bac Pro en Conduite et Gestion de l’Entreprise Agricole, me permettant de valider une Capacité Agricole, utile pour éventuellement s’installer dans une pratique paysanne sur le moyen terme. Cette année, si elle se valide ainsi, maintiendrait je crois l’équilibre de faire et de réfléchir, de « penser global et agir local ».

J’ai l’idée de rejoindre, monter, ou participer à une ferme collective, à plein temps ou sur un format qui me permette de maintenir un équilibre entre faire matériellement et réfléchir à une échelle spatiale et temporelle plus large que la ferme. Relier des acteurs, réfléchir à fermer les boucles des besoins sur un territoire, faire sa part pour s’engager dans une vision d’un monde viable et enviable, s’adapter aux grands changements du monde : migrations, changement climatique… Bref, réfléchir sur la manière collective de s’organiser pour mieux-vivre, faire de la politique au final. Aucune idée de la forme finale, mais la matière est là.

La suite de Terre-Mer-Air

Le site restera ouvert, car il est le moyen pour nous d’écrire, de transmettre, de continuer à échanger. Chacun écrira des articles, pensées, au fil de ses réflexions, car même si cette page du projet se tourne, la question du viable et enviable ne cesse d’être posée par chacun d’entre nous.
Nous cherchons à commencer et continuer d’animer des Fresques du Climat, outils ludique de sensibilisation aux dérèglements climatiques.
Ensuite, la conférence que nous avons construite nous paraît encore pertinente aujourd’hui, et nous essayerons, en l’adaptant, de la transmettre dans des endroits divers.
Nous sommes invités le 26 Septembre à la Fête des Possibles de Saint-Malo, à faire un retour de notre expérience, les Bretons sont conviés à nous rejoindre y boire un cidre !
La suite du groupe reste plein d’incertitude, mais une des forces du voyage est de nous donner les moyens à garder le contact malgré la distance, et garder confiance en ce que l’avenir nous réserve pour trouver la forme physique de nos idées !

Et puis… Merci !

Il me reste bien sûr, pour terminer, à remercier toutes celle et ceux qui ont contribué à Terre-Mer-Air, de près ou de loin. Pas faire un long pamphlet sur ce merci, simplement un merci profondément sincère et chaleureux.
Camino Caminando

« Nous ne sommes rien, mais ce que nous cherchons est tout »

Hoderlin

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